Le 28e Salon des artistes peintres et sculpteurs du 15e ouvre ses portes du 8 au 20 novembre. Depuis 1985, il consacre un peintre ou un sculpteur issu de l’arrondissement de Vaugirard, le plus peuplé de Paris. Cette édition 2012 met à l’honneur un habitué des lieux, le peintre Claude Lieber, maître dans l’art du collage. Entretien avec un artiste attachant et talentueux.

 

Généreux et éloquent, Claude Lieber m’accueille dans son atelier rue Robert Fleury, malgré un emploi du temps chargé. Atmosphère feutrée, un espace silencieux où le temps n’aurait pas vraiment prise, convivial aussi. Une bouteille de vin, un livre ouvert, un bureau, entourés de toiles abstraites, compositions aux équilibres parfaits. Un point d’ancrage crucial, autour duquel s’organise le travail de l’artiste peintre. Dans la veine artistique du peintre Kurt Schwitters (1887-1948), Claude Lieber libère sa fantaisie sur la toile et utilise la technique du collage pour donner corps à son inspiration

Cette année, la salle des fêtes de la Mairie du 15e présentera onze toiles récentes. Ce salon dont il est l’invité de marque, il le connaît bien puisqu’il y expose une œuvre tous les ans depuis 2005. « C’est moi qui les ai choisies en fonction du métrage mis à ma disposition. » Chaque artiste, amateur ou professionnel, dispose d’un panneau d’un mètre pour y présenter l’une de ses œuvres. L’exposition réunira ainsi 117 créations

Claude Lieber est un artiste engagé, pas tant sur la toile que dans la vie culturelle municipale et de son quartier en particulier, ce qui lui permet aujourd’hui d’acquérir cette visibilité. « Cela fait longtemps que j’habite le 15e et que je fais partie du cercle des artistes. Nous sommes dans une rue d’artistes ; elle compte trois ateliers et une galerie d’art. La Mairie aime bien ce que l’on fait. Tous les ans, on organise une soirée portes ouvertes, on ouvre nos ateliers, on squatte les boutiques de la rue, on les vide et l’on permet à des artistes d’exposer leurs œuvres. Cette année, on comptait dix artistes, il y avait une chorale ; c’était très convivial. Cette manifestation permet d’animer le quartier, ce que les gens, des alentours y compris, aiment beaucoup et plébiscitent. Enfin, j’entretiens de bonnes relations avec Ghislène Fonlladosa, Chargée de la culture et du patrimoine auprès du Maire du 15e, laquelle apprécie mon travail. Je dois dire que la Mairie est très active en matière de politique culturelle et artistique. Ses délégués font un travail extraordinaire pour aider les artistes, les musiciens, les chanteurs ; il a plusieurs salons qui leur sont consacrés. Tous les ans, les attachés culturels de la Mairie vont à la rencontre des artistes pour les inviter à participer à des événements artistiques, à des salons comme celui-ci ou celui des zaz’arts, dont c’était la 8e édition le 22 juin dernier. Il se tient tous les ans, de 18 heures à minuit, sous la Halle aux chevaux du Parc Georges Brassens et réunit tous les artistes du 15e qui le souhaitent ; ils peuvent y exposer une ou plusieurs toiles à la belle étoile et dans un esprit de bonne camaraderie ; on pique-nique, on mange, on boit un coup. »

Comme nombre d’artistes, Claude Lieber ne vit pas exclusivement de son art. À l’origine, graphiste et photographe dans la publicité, il continue à exercer en indépendant dans les secteurs de l’édition et de la communication : portraits, couvertures de livres, catalogues. « Je préfère le contact avec les gens de l’édition ou de la presse, parce qu’ils sont beaucoup plus intéressants. Tout se nourrissant de tout, cela m’a permis d’avancer et de m’adonner à nouveau à ma passion pour la peinture. » Le besoin de peindre prime sur tout le reste, de son propre aveu. « Quant on est passé au « tout ordinateur », j’ai ressenti une frustration de ne pas mettre les mains dans le cambouis, de ne pas pouvoir jouer avec la multitude de matériaux qui s’offraient à moi, la peinture, le crayon, le papier, les dessins. Je me suis remis à peindre parce que j’en avais marre de faire des collages ou des montages via photoshop et l’ordinateur. Du coup, c’est un privilège de pouvoir me consacrer à ma passion.»

Ses peintures-collages sont composées de « mots, de vieilles photos, de radios parfois ». Un grand mélange qui traduit « [ses] névroses à lui ». En fixant sur ses toiles ces fragments de matériaux, Claude Lieber s’adonne au plaisir de découper, d’assembler, de mettre en scène sa vision du monde. Ce mélange se retrouve aussi dans les techniques auxquelles il recourt, « techniques mixtes sur toile ou sur bois, de collage, estampage, acrylique, huile et sérigraphie… Signes et typographies urbaines, empreintes, traces, sillages, stigmates, souvenirs, pistes, marques, cicatrices…vestiges éphémères et/ou indélébiles. J’en aime les strates successives et les transparences altérées. » La notion d’empreinte est au cœur de l’œuvre de l’artiste «L’empreinte signature, trace ineffaçable exorcisant la disparition et l’oubli et dont les stries rappellent celles de l’arbre comme autant de couches successives du temps ou de la mémoire. Mémoire familiale dont les fêlures passées s’entrechoquent, questionnement identitaire aussi quant à l’enfance, ses manques et ses cassures. Mémoires urbaines des murs, affiches et graffitis, empreintes signalétiques se croisant, s’affrontant, s’emmêlant et se délitant, au gré des transparences. »

tableau de l'expo

tableau de l’expo

lien vers un article du Monde


En Argentine, le chemin vers la vérité et la justice est long. Trente ans après la fin de la dictature qui, de 1976 à 1983, a entraîné la disparition et la mort de 30 000 personnes, le pays ouvre une à une les pages les plus sombres de son histoire. A partir de mercredi 28 novembre, et pendant au moins deux ans à raison de trois jours par semaine, le tribunal oral fédéral de Buenos Aires va se pencher sur les exactions commises au sein de l’ex-Ecole de mécanique de la marine (ESMA) de Buenos Aires, sinistre lieu de torture de la junte. Il s’agit du second « méga-procès » visant les cadres de l’ESMA : en octobre 2011, le directeur de l’Ecole, Alfredo Astiz, et onze autres responsables avaient été condamnés à la perpétuité ; ils seront rejugés cette fois au côté d’une soixantaine de co-inculpés pour la mort de 789 personnes.

Ce procès fleuve aura entre autres la charge de juger les responsabilités dans les « vols de la mort », opérations par lesquelles le régime dictatorial s’est débarrassé de nombreux opposants, en les droguant puis en les jetant nus, parfois vivants, à la mer. Si l’existence des vols de la mort est avérée, cette pratique n’a encore jamais été jugée. Parmi les soixante-huit inculpés, sept le sont directement pour ces funestes vols, dont Julio Poch, devenu pilote de la compagnie néerlandaise à bas coûts Transavia, arrêté en septembre 2009 par l’Espagne puis extradé vers l’Argentine. Julio Poch est soupçonné dans la mort de quarante-et-une personnes, dont les religieuses françaises Alice Domon et Léonie Duquet.

Au cœur du dossier d’instruction, un classeur contenant des photos et des documents signés par la préfecture uruguayenne va être particulièrement étudié ces prochains mois. Il a été remis à la justice argentine fin 2011 par la Commission inter américaine des droits de l’homme (CIDH), basée à Washington. Le classeur contient cent trente photographies de corps retrouvés sur les côtes uruguayennes en 1976-78, accompagnées des descriptions faites à l’époque par les autorités d’Uruguay. Les cadavres sont arrivés sur ces côtes poussés par les courants marins. Leur origine argentine est attestée par des marques et étiquettes de vêtements, ou des monnaies et billets de banque retrouvés dans leurs poches. Leurs mains et leurs pieds sont quasi systématiquement attachés par des ficelles ou câbles… Malgré l’état de dégradation des corps, liée à leur lente dérive dans le río de la Plata, les images montrent aussi l’usage de tortures avant leur immersion. Certains corps sont tuméfiés, des visages crient, d’autres portent des traces de décharges électriques.