tableau de l'expo

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lien vers un article du Monde


En Argentine, le chemin vers la vérité et la justice est long. Trente ans après la fin de la dictature qui, de 1976 à 1983, a entraîné la disparition et la mort de 30 000 personnes, le pays ouvre une à une les pages les plus sombres de son histoire. A partir de mercredi 28 novembre, et pendant au moins deux ans à raison de trois jours par semaine, le tribunal oral fédéral de Buenos Aires va se pencher sur les exactions commises au sein de l’ex-Ecole de mécanique de la marine (ESMA) de Buenos Aires, sinistre lieu de torture de la junte. Il s’agit du second « méga-procès » visant les cadres de l’ESMA : en octobre 2011, le directeur de l’Ecole, Alfredo Astiz, et onze autres responsables avaient été condamnés à la perpétuité ; ils seront rejugés cette fois au côté d’une soixantaine de co-inculpés pour la mort de 789 personnes.

Ce procès fleuve aura entre autres la charge de juger les responsabilités dans les « vols de la mort », opérations par lesquelles le régime dictatorial s’est débarrassé de nombreux opposants, en les droguant puis en les jetant nus, parfois vivants, à la mer. Si l’existence des vols de la mort est avérée, cette pratique n’a encore jamais été jugée. Parmi les soixante-huit inculpés, sept le sont directement pour ces funestes vols, dont Julio Poch, devenu pilote de la compagnie néerlandaise à bas coûts Transavia, arrêté en septembre 2009 par l’Espagne puis extradé vers l’Argentine. Julio Poch est soupçonné dans la mort de quarante-et-une personnes, dont les religieuses françaises Alice Domon et Léonie Duquet.

Au cœur du dossier d’instruction, un classeur contenant des photos et des documents signés par la préfecture uruguayenne va être particulièrement étudié ces prochains mois. Il a été remis à la justice argentine fin 2011 par la Commission inter américaine des droits de l’homme (CIDH), basée à Washington. Le classeur contient cent trente photographies de corps retrouvés sur les côtes uruguayennes en 1976-78, accompagnées des descriptions faites à l’époque par les autorités d’Uruguay. Les cadavres sont arrivés sur ces côtes poussés par les courants marins. Leur origine argentine est attestée par des marques et étiquettes de vêtements, ou des monnaies et billets de banque retrouvés dans leurs poches. Leurs mains et leurs pieds sont quasi systématiquement attachés par des ficelles ou câbles… Malgré l’état de dégradation des corps, liée à leur lente dérive dans le río de la Plata, les images montrent aussi l’usage de tortures avant leur immersion. Certains corps sont tuméfiés, des visages crient, d’autres portent des traces de décharges électriques.